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« That girl » : une nouvelle représentation de la Girl Boss sur les réseaux sociaux ?

Depuis le début de l’année 2022, une tendance lifestyle émerge sur les réseaux sociaux de l’image tels que Tik Tok, Instagram et Pinterest. Cette tendance arrive tout droit des Etats-Unis et se nomme « that girl aesthetic ». « That girl » signifie « cette fille à qui on voudrait ressembler ». Un role model de la Gen Z, une femme à qui tout réussit et qui fait de son évolution personnelle une priorité. Dans cet épisode de podcast  j’ai envie de revenir avec vous sur ce que signifie cette quête de rôles modèles de la perfection au féminin, quelle place ont les réseaux sociaux là-dedans et en quoi c’est important de prendre du recul sur ce phénomène lifestyle à la mode.

1. Qui est « That girl » ?

Pour avoir une définition de ce terme, je suis allé consulter le dictionnaire en ligne Urban Dictionary qui rassemble tous les néologismes de la culture web :

Connue surtout sur TikTok, « That girl » est une fille (ou n’importe quel sexe) qui se lève à 5 heures du matin, médite, boit des smoothies, prend des douches tous les jours, tient un journal, ne mange que des aliments sains, va à la salle de sport tous les jours et réussit dans de nombreux domaines. Ce stéréotype est typiquement sur TikTok et filme les routines du matin ou du soir. Elle est très probablement riche aussi…

Vous avez très certainement vu passer ces courtes vidéos sur Tik Tok ou Instagram qui présentent la morning routine parfaite pour être « That girl ». Des créateurs de contenus et influenceurs en ont même fait leur ligne éditoriale principale. Des contenus qui présentent une esthétique très travaillée tout en aillant l’air d’être spontanés, sous forme de vlog. Ces contenus nous présentent l’archétype d’une jeune femme à qui tout réussi et pour qui la productivité n’a aucun secret. Ces personnes trouvent le temps de travailler leur corps et leurs esprit tout en ayant une vie sociale bien remplie. En bref, une définition de ce qui semble être une personne inspirante qui gère sa vie adulte d’une main de maître.

2. Quelles sont les origines de « That girl »

Cette imaginaire de « fille parfaite » n’est pas récent sur les réseaux sociaux. A vrai dire cela existait déjà au début des années 2010 dès l’émergence des plateformes en ligne. On peut penser au  « Tumblr girls » puis au post bad sur Instagram qui prônent un mode de vie « healthy » et enviable avec des appartements de rêve et des voyages aux quatre coins du monde. Plus récemment dans les années 2015, on a aussi parlé des « VSCO Girls » ces filles au look californien qui portent des couleurs pastels et de gros chouchous scrunchy. Chacune de ces tendances lifestyle avait ses codes esthétiques et la  représentation de « that girl » n’échappe pas à la règle. C’est en quelques sortes une version plus évoluée et mature de ces « Tumblr Girl » avec qui une partie de ma génération a grandi. Son esthétique se veut plus mature, rangée et clean. Regarder ce type de contenus c’est comme se plonger dans un tableau Pinterest.

Avec le confinement, la mode du self-care et de la priorisation de soi n’a fait que s’accentuer. Ce podcast en est d’ailleurs l’un des exemples. Les contenus autour du développement personnel et de comment être la « meilleure version de soi-même » sont devenus légion depuis cette période.

Mais sous le vernis de ces images satisfaisantes à regarder et parfaitement mises en scène il est important de prendre conscience de ce qui se joue réellement.

3. Les dérives de l’archétype « That girl »

Derrière le succès de ce mode de vie aspirationnel, c’est surtout une nouvelle façon pour les créateurs de contenus de maintenir l’attention de leur audience tout en leur vendant un idéal difficile à atteindre. Rien de nouveau depuis la création d’Instagram en somme.

Ce qui est propre à l’émergence rapide de ces modes de vie très codifiés sur les réseaux sociaux c’est leur aspect consumériste. Car quel intérêt d’être « cette fille» si ce n’est pas pour être vue et donc validée par les autres ? Pour cela il suffit de se procurer un certain type de vêtements, de décoration ou d’objets.

Comme l’explique très bien Alice Capelle dans l’une de ces vidéos YouTube : les créateurs de contenus qui se nichent dans l’esthétique de « That Girl » sont des personnes privilégiées sur le plan socio-économique. Ils reproduisent un habitus propre à eux. Un habitus désigne une manière d’être, une allure générale, une tenue, une disposition d’esprit.

Ces personnes mènent déjà la vie qu’elles tentent d’atteindre en « travaillant dur », elles ne partent pas de rien et pourtant elles vous diront qu’il est tout à fait possible d’arriver aux mêmes résultats juste avec une routine.

Pour conclure…

Je tiens à souligner que je ne suis pas en train de dénigrer tous les conseils de développement personnel car ça serait hypocrite de ma part. Je fais moi-même parti de ces créateurs de contenus et je consomme aussi beaucoup de ce type de contenu. Les personnes qui produisent du contenu « motivationnel » n’ont pas toutes de mauvaises intentions, bien au contraire. Elles s’adressent juste à des personnes qui ont les mêmes modes de vie urbain et branché et qui du moins ont les moyens « d’investir sur elles-mêmes ». C’est un privilège dont il faut avoir conscience. Mais il ne faut pas se sentir coupable d’apprécier ces contenus qui sont très plaisants à regarder et peuvent vraiment être une source d’inspiration.

D’ailleurs l’un des risques pour les personnes qui se nichent dans ce type de contenu, c’est qu’elles deviennent elles même prisonnières de ces routines et de ce mode de vie millimétré qui laisse peu de place au spontané.

Je suis convaincue que l’on peut devenir la jeune femme adulte que l’on veut être en s’écoutant soi et en faisant abstraction des injonctions que l’on nous donne sur les réseaux sociaux. Le fait d’avoir conscience de la bulle de filtre dans laquelle les algorithmes nous mettent permet aussi de prendre du recul sur tout ça et de se dire que la réalité façonnée par d’autres sur les réseaux sociaux n’est pas NOTRE réalité.

Passionnée de médias, d'innovation et de digital je suis une grande curieuse qui aime s'inspirer au quotidien et partager ses découvertes.

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